Carbone C15-26

Transfert sur carbone

25X20 cm

2017

Lettre des anges du 26/10/10

Huile dépigmentée sur Drop Paper

112x76cm 

11 lignes

Traits de craie sur papier marouflé sur toile

140X130 cm

2018

À propos de l'artiste

Né à Paris en 1954, Claude Chaussard se consacre aux arts plastiques après avoir obtenu son diplôme d'architecte. Un art intime, retenu à l’extrême, ouvert sur l’invisible. Qu’il travaille en deux dimensions (œuvres sur toile ou sur papier) ou en trois (livres d’artiste, sculptures ou art public), Claude Chaussard reste fidèle à la même approche : le médium décide de l’itinéraire. L’artiste met en évidence l’instant, l’éphémère. De la technique apprivoisée, maîtrisée, émerge un langage, une grammaire où tout est toujours « en train de… ». De s’effacer, de se modifier, de se développer, de durer. La pointe d’argent, comme à l’époque de Vasari, passe du gris au bronze; à la lumière, l’huile de lin se colore tandis que l’ombre l’efface. Mais si Claude Chaussard a fait du temps et de l’imprévisible les principaux instruments de son œuvre, il en a banni l’arbitraire. Lorsqu’il pince le cordeau qui claque et projette la craie, c’est avec la précision et la concentration de l’archer qui libère la flèche. 

Depuis 1982 il n'a cessé d'exposer son travail plastique principalement à Paris et à Montréal (Galeries Regards, Charles Sablon, Romagny...). Sa recherche, d'une radicalité rigoureuse alliée à une sensibilité extrême, le rapproche sous certains aspects d'un Antonio Calderara.

Il a signé, en France et au Canada, des œuvres d'aménagement urbain et public. Ses œuvres font partie de collections publiques en France et au Québec, et de collections privées à l'international.

Huile dépigmentée

Claude Chaussard va s’en remettre au papier nu. S’il y a une vérité à dire, c’est celui-ci qui la dira. À sa manière silencieuse. La peinture qui osera se lover dans cette vérité là devra aussi se montrer nue, dépouillée de tout pigment. Réduite à son médium, au médium de toute peinture occidentale depuis Van Eyck jusqu’au XXe siècle : l’huile crue.

À la pacification de l’espace dont le papier saturait l’air, à la « spacification » pourrait-on dire, l’huile apporte l’apaisement du temps. Elle séduit le papier, l’investit, le traverse à chaque touche. Elle l’exonère de sa triste fonction de support. Le fait chanter. Mais son absorption permanente de la lumière dont désormais aucun pigment réfléchissant ne la protège est pour elle danger mortel. Elle se livre tout entière sans prudence. Avec le temps, on la voit pâlir et s’épuiser jusqu’à sa presque disparition. Quand par la lumière tout est consommé, dans l’obscur elle renaît et s’avive. L’obscur, à la longue, la ressuscite. Immortalité de l’art. Elle resurgit dans son essence apparemment irréductible. Rejaunit, rajeunit, retrouve son singulier présent. Le regardeur de l’œuvre assiste à un spectacle encore inconnu en art. Une peinture inchoative, une peinture véritablement au présent, c’est-à-dire ici, maintenant et en route vers un avenir incertain.

Espace et temps sont ici, avec l’huile et le papier les seuls éléments de mise en œuvre de ce travail si singulier. Souvenons-nous cependant que l’émotion que nous donne l’art n’est jamais dans l’ordre de l’espace ni dans celui du temps. Elle est un vertige et une intensité.

Trait de craie

Nulle trace de geste. Cette ligne n’est pas «tracée». Elle est claquée au cordeau de carrier. Projetée comme au tir à l’arc. Poudre sèche de bleu charron qui persiste à claquer au-delà de sa projection. Qui n’entre dans aucun rapport chromatique, c’est-à-dire dans aucun récit. Un bleu intransitif, intransigeant, qui ne dit rien, qui est. Ou bien la feuille se couvre de lignes.

Le papier blanc n’est ici que la cible. Il n’entretient pas un vrai rapport plastique avec le bleu. Il n’est que la caisse de résonance du claquement. Ce bleu absolu ne vit que de son propre creusement. Il vit sa vie dans la lumière. Si l’on accepte de la vivre avec lui, l’on atteint, comme une aubaine, le blanc du bleu, ce que les teinturiers appellent la fleurée. Dans la préparation du pastel bleu à partir des feuilles de guesde, cette fleurée, une mousse blanche sur les bords de la cuve, indique que le bleu est à son acmé. L’attention longue devant l’œuvre permet d’atteindre ce point et fait de cette rencontre un exercice spirituel.

L’intervention du peintre au terme d’une longue méditation est brève, minutieuse, absolue. Mais là est le mystère : ce claquement comme produit au fond de l’éternité, résonnera toujours, fera éternellement partie de l’œuvre que l’on devrait même intituler : « claquement de bleu ».

Maurice Benhamou

www.claudechaussard.com

Vues de l'exposition Claude Chaussard à la Galerie ETC, 4 avril - 18 mai 2019